Joan Busquets, urbaniste visionnaire à l’écoute de l’histoire

L’architecte urbaniste catalan imprime sa vision de la ville dans les plus grandes métropoles du monde.

Architecte urbaniste influent de renomée mondiale, Joan Busquets jongle entre ses nombreux projets à l’international, son poste de professeur dans de prestigieuses universités et son rôle de directeur de l’agence BAU. Récompensé par plusieurs prix d’urbanisme, il s’est notamment distingué comme chef du projet urbain de Barcelone pour les Jeux Olympiques de 1992, mais aussi par la réalisation d’espaces publics et de travaux de rénovation de quartiers entiers. Rencontre avec un passionné.

Professeur Busquets, vous êtes à l’origine de nombreux Masterplan en Europe et à l’international. Votre vision de la ville fait autorité dans le monde entier. Quelle est la spécificité de votre méthodologie ?

Au plan méthodologique, il faut toujours composer avec l’histoire de la ville. On n’a jamais carte blanche pour travailler, même dans les villes nouvelles. On doit prendre en compte les gens mais aussi la dimension historique de la ville. En somme, la ville telle qu’elle est.

Le travail de l’urbaniste et de l’architecte consistera toujours à élaborer des projets. Ceux-ci peuvent recouvrir une grande partie de la ville – comme cela a été le cas pour Toulouse –, mais ils peuvent être plus particuliers, comme une place, un bâtiment, une espalanade, etc. Dans tous les cas, le projet renvoie à l’idée d’un endroit spécifique dans la ville. Il s’agit d’effectuer des changements dans la ville à partir d’un projet. C’est donc en cela que consiste ma méthode : regarder la ville comme elle est et y opérer des changements à partir de projets donnés.

vue de jour sur les gradins depuis le pont Saint-Pierre à Toulouse

Réaménagement de la Place Saint-Pierre à Toulouse : vue des gradins depuis le Pont Saint-Pierre © Inconito

Vous avez conduit le plan de rénovation urbaine du centre-ville de Toulouse et avez eu à coeur d’inscrire les développements de cette ville dans une perspective historique. Quels sont les éléments saillants de cette analyse ?

Quand on travaille pour une ville aujourd’hui, il faut travailler avec son centre historique. Le centre-ville de Toulouse a été modifié d’une manière incroyable à partir du XVIIIe siècle. Cette ville a un patrimoine très riche, mais beaucoup de projets ont été incomplets. C’est d’ailleurs souvent le cas dans les centres-villes. Aujourd’hui, il faut travailler avec des orientations différentes : articuler les espaces, les bâtiments, les usages et les modes de fonctionnement. Globalement, il y a encore des choses à améliorer mais le centre-ville a déjà beaucoup évolué.

D’un autre côté, dans le travail que j’ai réalisé conjointement avec le paysagiste Michel Desvigne, on a considéré l’espace public comme des sujets d’étude. On a cherché à associer l’eau, les bâtiments et les arbres. L’idée était de maintenir les activités du centre-ville et d’en attirer d’autres qui ne s’y trouvaient pas encore. Par exemple, on devait augmenter la résidence dans le centre-ville. Et si l’on donne de meilleures conditions de vie aux habitants du centre-ville, plus de gens voudront y habiter.

Plan du développement de la ville de Toulouse

Plan de la genèse de Toulouse illustrant le modèle de croissance en couronnes autour du noyau romain, du tissu urbain d’origine romaine et ses extensions (en rouge) jusqu’au faubourg (en jaune clair). La mise en valeur des espaces publics vise à révéler la spécificité de ces tissus. © Barcelona Arquitectura i Urbanisme (BAU)

Quels sont les éléments clés de la réussite de la transposition d’une vision de l’urbanisme à sa mise en œuvre sur le terrain ?

C’est une question importante, car aujourd’hui, les gens pensent que l’urbanisme, c’est bien mais que c’est impossible (on a toujours des difficultés à faire passer des idées…). L’espace public doit être réaménagé en tenant compte du bien-être des usagersAprès avoir conçu un schéma directeur, la méthode consiste donc à tester ce que l’on propose en situation réelle.

Ainsi, on a mis en place des actions pilotes pour que les gens puissent témoigner de ce qui marche et de ce qui doit être amélioré. On ne définit aucun projet sans le mettre en pratique ensuite via ces opérations pilotes. Ces actions concernent par exemple la végétation (améliorer un traitement paysager), les pavillons, les quais ou les terrasses de bar. On voit, par exemple, si les gens préfèrent des chaises ou des bancs pour s’asseoir dans les parcs, etc.

Toutes ces actions à échelle réduite permettent de tester la faisabilité de l’idée directrice et répondent à une logique d’expérimentation. On obtient toujours des avis différents, mais on reste à l’écoute du ressenti des occupants du centre-ville (habitants, visiteurs) et on s’adapte, on s’ajuste. Ces opérations permettent également aux usagers de comprendre la logique qui est à l’œuvre dans le projet directeur.

Quelle est la place du design urbain dans votre réflexion ? Celle du mobilier, de l’éclairage ?

Je trouve que la question du design urbain est centrale. Elle renvoie à la question de l’intégration. Le design urbain est un concept qui englobe beaucoup de choses : la végétation, les commerce, les voitures, les bâtiments, les parcs… Il faut comprendre que le centre-ville est une conjonction de paramètres, parmi lesquels figurent la végétation, le mobilier urbain et l’éclairage. Il faut concevoir ces projets comme un ensemble, ce qui sera beaucoup mieux qu’une simple addition.

Vue nocturne des gradins de la place Saint-Pierre à Toulouse

Éclairage des gradins de la place Saint-Pierre à Toulouse © Marc Aurel Studio (Flore Siesling)

Enfin, dans votre allocution pour le Grand Prix de l’urbanisme 2011, vous dites que « la ville du futur n’a pas de forme » mais que le rôle de l’urbaniste est de « contribuer à sa formalisation ». Quelle est votre vision de la ville du futur ?

C’est difficile à dire, mais aujourd’hui, on sait qu’il faut travailler avec la ville dans son ensemble, la ville ancienne et la ville moderne et il faut imaginer la ville du futur avec tous les changements corollaires : les modes de vie différents, les nouvelles formes de mobilité, de travail, de loisir, etc. Il faudra comprendre la ville dans un nouveau contexte, avec tous ces futurs changements.

Ce qu’il faut dire, c’est que la ville d’aujourd’hui est mieux que la ville d’il y a trente ans, et la ville d’il y a trente ans était mieux que celle d’il y a soixante ans. C’est donc une perspective progressive et progressiste.

Il faut bien aussi comprendre que dans la ville du futur, il va falloir changer notre méthode, parce qu’il y a vingt ans, on prenait le projet comme sujet de travail et on l’appliquait dans la ville. Dans la ville d’aujourd’hui, il faut bien sûr des projets qui soient innovants, mais ces idées tiennent compte des structures, des bâtiments, etc. On a déjà changé la méthode de travail et on va continuer de la changer.

Il y a enfin chaque fois des histoires et des objets différents : il faut tenir compte de la spécificité de chaque ville. Je pense que la ville ne cesse de s’améliorer et le futur d’être meilleur. À mon sens, notre travail d’urbaniste consiste à se focaliser sur les centres-villes car ce sont des centres symboliques et réels des métropoles.

> Lire l’article sur L’Observatoire du design urbain

L'Observatoire du design urbain, édité par Marc et Caterina    Aurel et réalisé par l'agence Résidence Mixte, propose des     pistes de réflexion sur les usages de la ville.

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