Niki de Saint Phalle, une « nana » radicale

Audacieuse, engagée, radicale… C’est ainsi qu’on découvre l’œuvre de Niki de Saint-Phalle dans la rétrospective qui lui est consacrée au Grand Palais jusqu’au 2 février prochain. En deux cents œuvres et archives (dont beaucoup inédites), se décline la personnalité explosive d’une artiste aux partis pris forts et assumés. La violence, dans tous ses états et toutes ses dimensions : c’est l’angle inédit qu’a choisi Camille Morineau, la commissaire de cette exposition très attendue, la plus grande dédiée à l’artiste depuis vingt ans.

« Domestiquer ses dragons »

À coup de couteaux, hachoirs, armes et autres objets contondants, le thème de la violence ponctue le travail de Niki de Saint Phalle comme un leitmotiv obsédant. L’épisode de l’inceste paternel, dont la petite fille de onze ans fut victime, la marque au fer rouge et la pousse droit dans les bras de l’art : « Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail. » (Harry and me. The family years, 1930-1960). Pour échapper aux affres de la dépression, elle écrit et surtout, s’adonne à ses pinceaux et à ses gouaches, devenant l’une des premières plasticiennes féminines du XXe siècle. « J’ai eu la chance de rencontrer l’art parce que j’avais, sur un plan psychique, tout ce qu’il fallait pour devenir une terroriste », conclut-elle avec le recul des années.

La Mort du Patriarche (1972), Niki de Saint Phalle
La Mort du Patriarche (1972)

Dans son oeuvre, le thème de la violence a la part belle et rares sont ses contemporains à y accorder un tel intérêt. Première femme plasticienne, Niki de Saint Phalle est aussi l’une des premières artistes femmes à peindre la violence. Comme le souligne la commissaire de l’exposition, c’est un « double scandale, une double provocation ». Le patriarcat, le racisme, l’inceste, l’Eglise… Autant de prétextes pour tirer sur le monde qui l’entoure – jusqu’à sa propre peinture.

Heads of State, Study for King Kong (1963)
Heads of State, Study for King Kong (1963)
Grand Tir - Séance gallérie J (1961), Niki de Saint Phalle
Grand Tir – Séance gallérie J (1961) : la performance consistait à tirer sur des panneaux où étaient fixés des objets symboliques (objets en plastique, galets, grains de café) et des poches de peinture multicolore recouverts de plâtre blanc, provoquant une explosion de couleurs.

Une héroïne et ses Nanas

« J’ai décidé très tôt d’être une héroïne. L’important était que ce fut difficile, grand, excitant ! » (Traces. Une autobiographie). C’est ainsi que Niki de Saint Phalle crée, dès 1965, les Nanas, ces sculptures de femmes-monuments à l’image de l’héroïne qu’elle veut être. Vêtements colorés, formes opulentes, sauts de chat désinvoltes… Ces déesses calypiges évoquent en tout point la joie et la liberté. Mais elles n’en portent pas moins l’esprit revendicateur de l’artiste. Niki de Saint Phalle invente une féminité différente des standards de l’époque, loin des couvertures de magazines des Elle et Vogue pour lesquels elle posa. Ces femmes surdimensionnées représentent, selon elle, « le monde de la femme amplifié, la folie des grandeurs des femmes, la femme dans le monde d’aujourd’hui, la femme au pouvoir ». Appelant de ses voeux un « Nana Power », l’artiste anticipe les problématiques féministes.

Les Trois Grâces (1995-2003), Niki de Saint Phalle
Les Trois Grâces (1995-2003)

Et parfois, la féminité fait peur, comme dans la série des Mariées qui met en scène des mort-vivantes côtoyant la destruction. L’œuvre de Niki de Saint Phalle oscille sans cesse entre joie et tragédie, ce qui la rend si fascinante et mystérieuse.

Cheval et la mariée (1964), Niki de Saint Phalle
Cheval et la mariée (1964)

L’art pour tous

Passionnée de culture populaire, cette « sacré nana » voulait proposer un art accessible au plus grand nombre, ambition qui prit forme dans ses grands projets architecturaux publics élaborés en collaboration avec son mari Jean Tinguely. Fontaines, parcs pour enfants, jardins ésotériques et maisons habitables furent érigés pour toucher un public hors des musées, comme La Fontaine Stravinsky (Paris, 1983) ou Le Jardin des Tarots (1978-1998). Ces œuvres à ciel ouvert rappellent à la postérité l’incroyable fusion amoureuse et artistique de ceux que l’on a coutume d’appeler les « Bonnie and Clyde de l’art ».

Vue du Jardin des Tarots (Capalbio, Italie)
Vue du Jardin des Tarots (Capalbio, Italie)


Le Grand Palais
3 Avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

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