« Face à la crise du logement, il est urgent d’agir », Hervé Legros, président fondateur d’Alila 

À l’occasion du congrès de l’Union sociale pour l’habitat (USH) qui débute ce 27 octobre à Lyon, Hervé Legros « pousse un coup de gueule » face à la « crise majeure du logement sur le territoire ». Promoteur privé spécialiste du logement social et intermédiaire, Alila en appelle à la responsabilité de l’État pour prendre la pleine mesure de ce sujet de fond encore trop peu considéré et agir rapidement. 

Plus que jamais, Alila sonne l’alerte sur la crise du logement en France. « Elle est silencieuse mais profonde et majeure. Malheureusement, c’est une boule de neige lancée à grande vitesse, qui va exploser pour les mauvaises raisons », prévient le président fondateur du groupe immobilier qui se revendique 7e promoteur français et « leader du logement pour tous ». Arrêt des constructions depuis 5 ans, augmentation du nombre de familles en attente d’un logement social (environ 3 millions de personnes, et 4,5 de mal-logés selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre sur l’état du mal-logement en France). Ce à quoi s’ajoute la conjoncture actuelle : hausse des coûts de construction, des prix de l’énergie, du coût de financement…Pourtant, « le logement est un produit de première nécessité et le premier poste de dépenses des Français », rappelle l’entrepreneur, 39 ans dont 15 ans à la tête d’Alila. 

« Le logement est la prochaine bombe sociale »

Face à l’inaction politique, Hervé Legros ne décolère pas. « L’alarme a été tirée depuis quelque temps. Malheureusement, on ne nous entend pas. L’État se cache derrière les maires pour justifier de la non-construction ». Selon ce promoteur autodidacte, un trop grand nombre de réglementations, aussi complexes que contradictoires, entravent élus et professionnels. « Je n’arrive pas à comprendre comment un secteur qui créé autant de richesses dans le budget de notre pays est aujourd’hui en souffrance, désorienté, délaissé… »

« Depuis 15 ans, le logement social est subventionné par le logement libre »

Pour les acteurs privés, l’équation économique est intenable en raison de nombreux freins conjoncturels et structurels. « Entre la VEFA (Vente en l’État Futur d’Achèvement) trop chère, la hausse du prix des matières premières, l’impact de la RE 2020, les ventes incertaines de logements et la hausse des taux d’intérêt », ils ne peuvent plus produire du logement conventionné. Résultat, les promoteurs mettent aujourd’hui un coup d’arrêt à de nombreux programmes, alors que l’État s’était fixé un objectif de 250 000 logements sociaux en 2 ans.

« Depuis 15 ans, le logement social est subventionné par le logement libre »

Sur la VEFA – entre 75 et 85% de la production HLM en France –, le président fondateur aux 8 000 à 9 000 logements sociaux et intermédiaires réservés en 2022 s’insurge contre le plafonnement des prix, qui n’ont pas été réactualisés depuis 10 à 15 ans. « Ce qui me dérange aujourd’hui, ce sont toutes ces idéologies de bureau, contraires à la réalité de terrain, qui font du tort au secteur du logement social et à l’utilisateur. » Par exemple, à Vétraz-Monthoux, dans la métropole d’Annemasse (74), le prix de vente social du mètre carré en VEFA est plafonné à 2 150 euros, alors que le prix de revient du mètre carré en intégrant tous ses coûts est de 3 800 euros hors taxes. « Pourtant, mes clients sont prêts à nous acheter plus cher. Le monde HLM n’a pas de problème d’argent ! Par manque de compétences de maîtrise d’ouvrage direct, il a d’ailleurs besoin des acteurs privés pour pouvoir construire du logement », insiste-t-il. Pour compenser cette perte, Alila doit faire payer les particuliers, ce qui a contribué à l’augmentation des prix de l’immobilier du neuf dans les grandes métropoles. 

Hervé Legros appelle ainsi l’État à « prendre ses responsabilités en simplifiant ces règles et en adoptant une vraie politique du logement volontariste pour faire évoluer la situation rapidement ». Alila réclame l’actualisation urgente des plafonds des prix VEFA « pour être en adéquation avec le coût du logement social, qui est de qualité, performant, innovant ». Selon le promoteur, il faut obliger, ou inciter fortement, les élus locaux à délivrer des permis de construire. « Pour faire repartir la machine, il serait aujourd’hui grand temps de créer une loi du logement qui impose une production totale de logements par an dans les zones où il y en a besoin. » Autres mesures réclamées par le promoteur : octroyer au logement un ministère de plein exercice et réduire les délais d’instruction des permis de construire pour accélérer les mises en chantier. « Je demande à ce qu’il y ait une vraie prise de conscience de ce qu’est la difficulté du logement dans notre pays. Soyons efficace, construisons. »

> Article publié sur le site de La Tribune

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