Félix de Monts, artiste militant

« Quelques traits d’esprit, un peu de philosophie et une invitation, pour les gens qui nous liront, à se questionner sur le sens de leur vie et l’œuvre qu’ils en font ». Ainsi Félix de Monts, « l’initiateur » de Vendredi, résume-t-il notre échange à bâtons rompus. Rencontre avec un esprit libre et créatif, visionnaire et militant.

Derrière sa startup sociale qui « permet à chacune et chacun de changer le monde sans changer de travail », créée il y a plus de 7 ans, se cache un entrepreneur au profil atypique : Félix de Monts est un artiste dans l’âme, mu par le désir d’innover et de faire bouger les lignes. « Je ne réduirais pas la notion d’entreprendre au fait de monter et de diriger une entreprise. On peut entreprendre de plein de façons dans sa vie : organiser un week-end surprise pour des proches, ou bien un acte de création littéraire, artistique… Ce que je trouve intéressant derrière la création d’une entreprise, c’est l’acte de création lui-même », déclare-t-il. 

Un homme engagé

Né au Cameroun, le jeune Félix découvre la vie en communauté au cours d’« expériences de vie significatives » comme le scoutisme et la pension. Il est très tôt sidéré par les dysfonctionnements sociétaux ou sociaux : travail abrutissant, porteur de souffrance et dénué de sens, modèle éducatif stéréotypé, communication violente… Il aiguise sa conscience politique sur les bancs de Sciences Po, navigue entre public et privé comme analyste à l’ambassade de France aux Etats-Unis, puis consultant chez Accenture. « La politique est partout, hyper importante, les gens ont tendance à vraiment oublier », affirme-t-il. « Comment on fait pour changer les choses : c’est ce que je trouve intéressant. Les sujets sont parfois politiques, parfois – de plus en plus – entrepreneuriaux », ajoute Félix, qui revendique son « côté naturellement actif ». 

La vision de Vendredi, plateforme d’engagement citoyen qui simplifie la gestion de toutes les actions solidaires d’une entreprise, émerge lors d’un stage au Cameroun dans une association fondée par une amie de ses parents qu’il appréciait beaucoup ; son décès en marque la genèse. « Il y a plein de choses dans la vie qui nous donnent des idées, et par moment on décide d’agir. Cette contrainte n’est pas uniquement de notre ressort personnel. Il y a aussi des événements de vie qui font qu’on se retrouve à entreprendre », analyse-t-il.

Décloisonner 

Félix « ne se voyait pas du tout aller dans le secteur privé classique, ni dans le secteur public ». Chemin faisant, il est interpelé par l’absurdité d’un monde schizophrène entre les entreprises d’un côté et l’intérêt général et le bien commun (État, collectivités, associations) de l’autre. « On a mis un mur entre le salarié et le citoyen. J’ai toujours porté cette conviction qu’on peut faire tomber ce mur et construire des ponts pour relier les deux mondes », affirme-t-il.

Né en lien étroit avec cette vision, le projet basé sur un modèle hybride a pris diverses formes : d’abord une association étudiante, puis une entreprise qui réunit aujourd’hui 220 entreprises, plus de 1 800 associations et 40 000 utilisateurs. « Je n’ai pas fait ça pour m’enrichir personnellement. Dans le monde idéal, notre projet serait resté une asso. Mais la vie, ce n’est pas le monde idéal », note Félix, pragmatique. Après avoir proposé aux salariés des missions d’associations et développé une logique de sensibilisation aux sujets climatiques, sociaux (égalité femme-homme) et de handicap, Vendredi aide désormais les entreprises à être exemplaires en interne pour qu’elles deviennent une partie de la solution. 

Le rôle de Félix ? « Donner envie aux gens de partager, d’incarner la vision et de la transmettre ». D’un point de vue plus pratique, parler à des investisseurs ou à des candidats, trouver de l’argent, des financements, coordonner les sujets marketing, vente, ressources humaines, coacher ses dirigeants d’équipe… « Ce qui est intéressant en tant qu’entrepreneur, c’est qu’on change de rôle tous les jours. On alterne en permanence entre des postures de négociation et de séduction, présentes dans toutes les facettes du métier : penser la stratégie, vendre, gérer des conflits, trancher, arbitrer… Tous les 5-6 mois ou années (en fonction du rythme de développement), on change de fonction ou de métier », explique-t-il. 

« Je trouve ça hyper excitant d’entreprendre »

En contrepoint de sa colère, c’est un garçon très joyeux – son rire est aussi communicatif que son flot rapide et son verbe passionné. « Il y a plein de situations qui m’attristent, que je trouve injustes et anormales, mais j’essaie de ne pas me laisser contaminer par ça et d’exprimer quelque chose de souriant et positif, qui est aussi une facette de ma personnalité. Je pense que c’est mieux pour faire changer les choses. »

Félix est assez fasciné par « notre capacité en tant qu’espèce à considérer des comportements très normaux, et puis ensuite à complètement les remettre en cause ». Par exemple la RSE, qui n’était autrefois « même pas la cinquième roue du carrosse », est aujourd’hui un sujet dont toutes les entreprises se sont emparées. De ce « changement quasiment civilisationnel qui est en train de s’opérer doucement » il a tiré un enseignement : « En tant qu’entrepreneur, il ne faut écouter personne. »

Faire bouger les lignes 

« Ma mission telle que je la définis, c’est que sur des problèmes socio-environnementaux sur lesquels j’ai mes convictions, de faire en sorte que les sujets bougent et que tout le monde bouge – c’est ce qui m’amuse en tous cas », raconte-t-il. Félix critique la société devenue « très business », qui fige beaucoup la réussite autour du « mythe de l’entrepreneuriat ». Aujourd’hui, son projet est très entrepreneurial mais pourrait prendre une autre forme. « Je pense qu’il y a plein de façons de faire bouger les choses sur ces sujets. La philosophie, le théâtre, le cinéma permettent de faire réfléchir les gens et les faire changer de comportement. La question intéressante, c’est comment on influence le récit », soutient-il.

Après avoir beaucoup pris l’avion plus jeune, ce fils d’une ancienne hôtesse de l’air essaye désormais de voyager autrement. Très porté sur la culture, il aime le théâtre, la poésie, le cinéma, la danse et voudrait reprendre les cours de dessin – tout « ce qui [lui] permet de voyager, de rêver… La culture, c’est du voyage à peu d’empreinte carbone », dit-t-il.

« On est dirigeant à sa façon » 

Félix accorde une grande importance à l’authenticité, devenue valeur fondatrice de la culture de Vendredi. « Je ne crois pas à la nécessité de jouer un rôle en tant que dirigeant. La façon de diriger est propre à chacun », affirme-t-il. Celui qui ne se sentait « pas forcément fait pour monter ni diriger une entreprise « parce qu’au départ [il] n’[est] pas très pratique, se pose beaucoup de questions, doute beaucoup » détaille ses « attributs précieux » : pas mal d’énergie, une vision stratégique et beaucoup de passion dans ce qu’il accomplit – enfant, il était très joueur, une qualité qu’il estime nécessaire dans la vie. « On a encore combien de temps ? Moi je sais que ça peut durer 2 jours ½ parce que je suis un peu bavard », glousse-t-il.

Avec la maturité, il a fait de Vendredi son « terrain de jeu », renonçant à « être tout-puissant, avoir le contrôle et pouvoir vraiment changer les choses », et non plus « un point clé pour [s]on bonheur personnel ». « On doit toujours switcher entre être très investi, dans le moment, et prendre une très grande distance » avec des sujets qui peuvent être très « contaminants » à titre personnel, tels que l’environnement, précise Félix, qui a même « souvent très envie de baisser les bras ». « C’est génial ce qu’on fait chez Vendredi ! J’y mets de l’énergie, j’y crois et en même temps, est-ce si important pour mon bien-être, ma joie personnelle ? Est-ce là le plus important ? Pas forcément… On est un pansement, un maillon d’une grande chaîne. On ne sauve pas des vies », relativise-t-il.

L’énergie de l’amour

Félix de Monts ne se définit pas seulement par son travail, « et pourtant [il est] entrepreneur » comme il le souligne. Après avoir « beaucoup beaucoup beaucoup bossé pendant longtemps » et en avoir payé le prix en privé, il veille aujourd’hui à préserver son espace personnel. « Très vite, tout le monde se retrouve à parler de son boulot, alors que c’est hyper intéressant de parler d’autre chose », revendique-t-il. Pour lui, « le plus important dans la vie c’est l’amour ». Il répète à l’envi aux personnes qui travaillent à ses côtés qu’« il y a 2 énergies dans la vie : soit on embrasse la peur, soit on embrasse l’amour. Si on est dans l’énergie de la peur, on ne pourra jamais rien construire. » En point d’orgue, il cite Thierry Marx : « N’oubliez pas que l’entreprise la plus importante de votre vie, c’est votre vie. » « Allez, trop de punchlines ! », s’exclame Félix, en filant à son rendez-vous suivant.

> Portrait réalisé pour Instinct Collectif

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