Aux Batignolles, la maison d’une collectionneuse autour d’un jardin japonisant

Dédié à la création de mobilier d’art, le studio Ymer&Malta revisite le patrimoine français en repoussant les limites de la création contemporaine. La co-fondatrice et directrice artistique Valérie Maltaverne nous fait découvrir l’écrin de ses collections, dans sa maison du XVIIe arrondissement parisien. 

Dans le quartier parisien des Batignolles, la co-fondatrice du studio Ymer&Malta accueille dans son showroom, au rez-de-chaussée de sa maison, clients et visiteurs – tous « amoureux du beau travail ». On y contemple ses pièces d’exception, élégantes et poétiques, comme de véritables œuvres d’art. « Ici, on travaille toutes les couleurs, on fait le montage. C’est aussi un lieu où l’on reçoit », indique Valérie Maltaverne. Le soir venu, cet étage entièrement composé de pièces d’Ymer&Malta redevient un lieu de vie familiale, à laquelle les trois niveaux supérieurs sont dédiés. Portée par la recherche de l’excellence, cette autodidacte s’est toujours intéressée aux matériaux et aux savoir-faire : « Il y a quelque chose de très concret dans les arts décoratifs. Cela demande une exigence totale », explique-t-elle. Entre héritage et innovation, ses pièces de mobilier font déjà partie du patrimoine : sur la centaine de pièces produites par Ymer&Malta au cours de la dernière décennie, une soixantaine ont été exposées par des musées et 26 ont rejoint les collections permanentes du Musée des Arts Décoratifs de Paris, du Centre National des Arts Plastiques ou encore du Centre Pompidou

Une approche inédite des arts décoratifs

Valérie Maltaverne a toujours été à l’origine de ses productions. « Je donne l’idée », dit-elle. Cette ancienne productrice dans le cinéma et la télévision, passée par le dessin animé (elle a produit les contes de fée revisités par 26 auteurs de bande dessinée, primés « meilleure série d’animation » au Cartoon Forum et nominé aux Emmy Awards), n’a de cesse d’innover dans les savoir-faire qu’elle aborde. En tant que pionnière dans la modernisation et la rénovation des savoir-faire français, Valérie Maltaverne fait souffler un vent nouveau sur les arts décoratifs, à commencer par une manière inédite de travailler. Inspirée de son ancienne carrière, elle tient les rôles tout à la fois de productrice et de réalisatrice, proposant pour chaque pièce un scénario, s’appliquant à « bien faire jouer » les designers et veillant à la bonne mise en œuvre technique par les artisans d’art, sans jamais perdre de sa ténacité. 

« Le cinéma est une très bonne école pour comprendre qu’il faut un scénario et ne jamais lâcher – ni sur la beauté de la pièce ni sur le savoir-faire, pour l’emmener là où vous voulez allez », Valérie Maltaverne

Un regard neuf sur les matériaux

Impossible n’est pas pour Ymer&Malta. Valérie Maltaverne ne cesse de repousser les limites techniques et esthétiques des matériaux. Sous son œil avisé, ils embrassent de nouvelles formes d’expression : le marbre devient « poids plume », la marqueterie est revisitée, la tapisserie quitte sa muralité pour s’exprimer tout en volumes sur une pièce de mobilier… Dans chacun de ses projets, l’innovation est reine, grâce au concours des meilleurs artisans, sans cesse mis au défi. « Il nous faut toujours les meilleurs artisans et les compétences les plus pointues dans tout ce que l’on fait », souligne-t-elle. En hommage aux traditions artisanales et à l’art de vivre qu’elles représentent, Ymer&Malta travaille à les faire entrer dans notre époque. Quand elle créé une lampe pour le musée Noguchi, Valérie Maltaverne insiste pour faire une pièce en résine sans joint – ce que tout le monde estime impossible puisqu’elle est moulée. La solution ? Le rotomoulage. « On trouve toujours la solution », dit-elle.

« J’emmène le patrimoine dans le XXIe siècle : c’est ce qui me passionne »

Un travail d’équipe tourné vers l’excellence

Longs allers-retours sur le dessin, recherche et expérimentations sur le bon matériau qui s’adapte à la pièce, maquettes et prototypes rythment le processus créatif à quatre mains avec le designer puis l’artisan. « On est capable de recommencer un dessin pendant un an jusqu’à ce qu’il soit parfaitAvec ma culture du cinéma, je peux travailler pendant trois ans sur un seul et même sujet, emmener les choses là où on ne les a jamais vues et avoir cette proximité avec les artisans – aller les voir dans leur atelier me passionne », raconte la directrice artistique, particulièrement investie dans l’ensemble du processus créatif. Après avoir créé une collection autour du marbre et de la marqueterie, elle a la chance d’être repérée par la Cité Internationale de la Tapisserie : « Ils avaient bien compris qu’un designer n’arrivait pas seul à ce genre d’excellence et à un dessin aussi abouti. Ces échanges permanents permettent à tout le monde de progresser. » Cinq ans ont été nécessaires pour créer la collection autour de la tapisserie d’Aubusson – un travail inédit dans les arts décoratifs. 

Des musées aux particuliers

Outre son travail muséal, Valérie Maltaverne réalise des pièces de mobilier sur mesure pour des particuliers – collectionneurs et amoureux du savoir-faire français. Ainsi, elle créé dans de « très, très belles maisons » des univers raffinés et élégants propices à la contemplation. « Chez Ymer&Malta, rien n’est jamais bling-bling. C’est de l’art ! » 

44 rue la Condamine, 75017 Paris (uniquement sur rendez-vous, entrée libre le jeudi entre 10h et 19h), https://www.ymeretmalta.com 

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